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Une piéta attribuée à Gonzalo Pérez (Gonçal Peris) pour le musée du Louvre

05/02/2015

Par Marine Crubilé et Pierre Cabrol

Piéta de Goncal Peris

Gonzalo Pérez (attribué à), « Piéta », tempera sur fond d’or, 48,1 x 34,6 cm

Il n’est pas toujours aisé de tracer avec précision les contours d’une période artistique. Les historiens de l’art s’accordent ordinairement pour ce faire sur un fait marquant, tout en gardant à l’esprit que celui-ci n’est qu’indicatif. C’est habituellement au début du quatorzième siècle, en Italie avec Giotto[1] et ses successeurs, qu’ils situent l’acte de naissance de la Renaissance. De là à soutenir que le Moyen-âge s’achève à la fin du treizième siècle, il y a un pas qu’ils ne font pas. Ils n’ignorent pas que ce foyer d’innovation, comme celui créé en Flandres un peu plus tard par Hubert[2] et Jan van Eyck[3], a mis un certain temps à faire tâche d’huile. C’est ce qui explique que les procédés et le style du Moyen-âge finissant aient survécu en bien des lieux tout au long du quatorzième et du quinzième siècle, voire, en Europe du nord avec le gothique tardif, jusqu’au seizième siècle.

C’est au cours de ce Moyen-âge finissant que s’est épanoui le gothique international. En une trentaine d’années à peine, de 1390 à 1420, il s’est diffusé dans toute l’Europe occidentale et centrale[4]. Art de Cour pétri d’esthétique courtoise, le gothique international se veut raffinement et élégance précieuse, quitte à se perdre parfois dans un luxe de détail qui confine à l’affectation et une douceur de trait qui flirte avec l’affadissement. Au sein du gothique international, l’école de Valence, qui n’a été redécouverte par les historiens de l’art qu’au début du vingtième siècle, est née de l’installation dans la ville, en 1393, de Marzal de Saxe, venu d’Allemagne, bientôt rejoint par le florentin Gherardo Stamina. C’est à leur contact que s’affirme la personnalité d’un artiste local, Pedro Nicolau, actif de 1390 à 1408. Celui-ci forme dans son atelier de nombreux élèves : Miguel Alcaniz ; Gabriel Marti ; Jaime Mateu ; Gonzalo Pérez ; etc.

Natif de Valence, Gonzalo Pérez ne semble guère s’en être éloigné. Il y est mort en 1451 à l’hôpital des Béguines, après y avoir fait son testament. Parmi les œuvres de l’école de Valence qui sont parvenues jusqu’à nous, certains spécialistes lui attribuent deux retables, soit celui de Saint-Martin avec Sainte-Ursule et Saint-Antoine abbé, peint vers 1440-1443 pour la chartreuse de Porta Coeli, aujourd’hui conservé au musée des Beaux-arts de Valence, et celui de Sainte-Barbara, qui fait aujourd’hui partie des collections du musée national de Catalogne. Ils lui donnent aussi deux panneaux à décor religieux, l’un représentant Sainte-Marthe et Saint-Clément, l’autre montrant Saint-Michel terrassant le démon. Le premier fait partit des collections du musée de la cathédrale Sainte-Marie de Valence. Le second se trouve aujourd’hui à la National Gallery of Scotland.

D’autres spécialistes pensent retrouver dans ces œuvres la main de deux artistes différents. L’un, Gonzalo Pérez Sarrià, serait l’auteur des deux retables et du panneau de Saint-Michel terrassant le démon ; l’autre, Gonzalo Pérez, aurait exécuté le panneau de Sainte-Marthe et Saint-Clément. C’est ce dernier peintre qui serait également l’auteur de la piéta acquise pour le musée du Louvre. L’attribution de cette dernière œuvre à un autre membre de l’atelier de Pedro Nicolau, Jaime Mateu[5], a également été proposée. Les productions de ces deux artistes présentent des analogies. Elles sont d’autant plus difficiles à distinguer que des influences réciproques ne sont pas à exclure. Ils se connaissaient en effet bien et pas seulement pour avoir travaillé dans l’atelier du même maître. Ils avaient notamment été chargés, en 1427, de réaliser ensemble des portraits des rois de Valence pour l’ornementation des plafonds de la Chambre du Conseil de l’hôtel de ville.

L’attribution à Gonzalo Pérez du panneau nouvellement entré au Louvre peut donc être considérée comme fragile, d’une part parce qu’elle ne fait pas l’unanimité, d’autre part parce qu’elle ne repose que sur des comparaisons stylistiques établies à partir d’un corpus d’œuvres des plus réduits. Il peut donc paraître surprenant que le musée du Louvre et la société des amis dudit musée s’autorisent à aller plus loin en affirmant qu’il s’agit là d’une certitude. C’est pourtant ce qui paraît s’être produit, le musée et l’association emboîtant sur ce point le pas au marchand qui l’avait acquis aux enchères en 2008, Richard Feigen, avant de l’exporter sans difficulté[6].

Apparue à Paris à la fin du dix-neuvième siècle, l’œuvre avait été acquise en 1898 par le collectionneur d’art asiatique, Charles Gillot. Après être restée dans sa famille pendant plus de cent ans, elle avait été confiée à la société Christie’s en vue de sa vente aux enchères. Celle-ci l’avait inclus dans sa vente parisienne de Tableaux anciens et du dix-neuvième siècle du 26 juin 2008, ou avaient été regroupées un certain nombre d’œuvres à l’attribution discutée. Estimée entre 80 000 et 120 000 euros, elle avait, à l’issue d’une âpre bataille d’enchères, plus que quadruplée son estimation haute, en atteignant l’enchère de 504 500 euros. La prise de risques du marchand acquéreur aura finalement payée puisqu’il sera apparemment parvenu, au bout de six années et demi, à convaincre le musée du Louvre et la société des amis dudit musée de la certitude de son exécution par Gonzalo Pérez.

[1] 1266 ou 1267 – 1337.

[2] Vers 1366 – 1426.

[3] Vers 1390 – 1441.

[4] Internationalisation dont il tire son nom, celui-ci lui ayant été donné à la fin du dix-neuvième siècle par l’historien de l’art français, Louis Courajod.

[5] Documenté à Valence entre 1402 et 1452.

[6] Ce qui indique que l’Etat français, à l’époque, n’avait pas jugé opportun d’user de la procédure permettant d’acquérir pour les collections publiques les trésors nationaux menacés d’exportation.



Une société Facebook peut en cacher une autre ! (a qui s’adresser pour obtenir le rétablissement d’une page Facebook supprimée ?)

22/01/2015

Si les utilisateurs du réseau social Facebook sont nombreux en France, peu d’entre eux savent quelles sont exactement les entités juridiques qui en permettent le fonctionnement. Ceux qui connaissent de nom la société de droit américain Facebook Inc ignorent bien souvent que celle-ci n’héberge et ne gère que les comptes des utilisateurs ayant leur résidence principale aux USA ou au Canada. C’est une société de droit irlandais, Facebook Ireland Limited, qui héberge et gère les comptes des utilisateurs européens. S’il existe bien une SARL Facebook France, celle-ci n’a pour objet que « de fournir au groupe Facebook des prestations de services en rapport avec la vente d’espaces publicitaires, le développement commercial, le marketing, les relations publiques, le lobbying, la communication, le support juridique et toutes autres prestations de services commerciales, administratives et/ou informatiques visant à développer les services et la marque Facebook en France ».

La société Facebook France se présente comme un simple prestataire de services ayant pour clients d’autres sociétés du groupe Facebook, dont au premier chef la société Facebook Ireland Limited. Elle n’a pas pour objet d’offrir des services aux utilisateurs français du réseau Facebook. C’est avec la société Facebook Ireland Limited que les utilisateurs français passent contrat en vue de la création de leur compte Facebook et de l’hébergement des pages y afférentes et autres services. C’est donc à priori à cette société qu’ils doivent s’adresser lorsqu’ils s’estiment victime d’un dysfonctionnement du réseau, ce qui est le cas de la suppression d’une page ou d’un compte.

Ce n’est toutefois pas ce que choisirent de faire Laurence C… et son avocat. Passionnée par la série télévisée « Plus belle la vie », Madame C… avait créée en 2004 un site internet dédié à celle-ci, www.pblvmarseille.fr. Cette initiative fut bien accueillie par la société Telfrance Série, productrice de la série télévisée, qui y vit une marque d’intérêt pour la série et un moyen d’accroître la notoriété de celle-ci sans bourse délier. Elle proposa en conséquence à Madame C…, qui accepta, de signer une charte qu’elle avait rédigée à l’intention des internautes souhaitant parler de la série sur internet. Cette bonne entente s’expliquait notamment par la faible potentialité commerciale du site internet de Madame C… en l’état, qui excluait tout risque de concurrence.

Elle reposait toutefois sur un équilibre précaire, pouvant être compromis par le succès de la démarche de Madame C…, susceptible tout à la fois d’éveiller les appétits commerciaux de l’internaute et de multiplier les potentialités commerciales de son accès internet, celles-ci croissant avec la notoriété. C’est cet équilibre fragile qui fut rompu lorsque Madame C… décida, en 2008, de compléter son site internet par la création d’une page Facebook, www.facebook.com/pblvmarseille. Cette page dédiée connut en effet rapidement un très important succès, reflet de l’engouement du public pour le feuilleton. Quatre années après sa création, en 2012, elle comptabilisait plus de 600 000 mentions « J’aime », témoignant de l’intérêt des utilisateurs pour son contenu. 

facebook-addict

La société Telfrance Série réagit à ce succès, qu’elle interpréta semble-t-il comme susceptible de menacer ses intérêts commerciaux. Dans un premier temps, elle choisit, on ne peut plus classiquement, de déposer en juin 2009 la marque pblv[1], acronyme de la série utilisé par Madame C… dès 2004 comme l’un des éléments de dénomination de son site internet, pblvmarseille, et repris par celle-ci en 2008 comme élément d’identification de sa page Facebook, facebook.com/pblvmarseille. Elle ne s’en tint toutefois pas là. Les choses se gâtèrent lorsqu’elle prit l’initiative de demander au groupe Facebook, qui obtempéra, de fermer la page de Madame C…, en fusionnant celle-ci avec la page officielle de la série, créé par ses soins.

C’est ce qui conduisit Madame C… à assigner devant le Tribunal de grande instance (TGI) de Paris, en septembre 2012, la société Telfrance Série et la SARL Facebook France, dans l’intention notamment d’obtenir des juges qu’ils obligent cette dernière société à rétablir sa page Facebook. Le TGI de Paris ayant accédé à cette demande, la SARL Facebook France fit appel du jugement, en se contentant d’opposer à la demande de Madame C… une fin de non recevoir basée sur le fait qu’elle n’était pas l’hébergeur du site et le gestionnaire du réseau, contre lequel aurait dû être dirigée la demande, celui-ci étant la société Facebook Ireland Limited.

C’est cet argument que la Cour d’appel de Paris, le 7 octobre 2014, a repris à son compte pour réformer le jugement et rejeter ainsi la demande de Madame C… en refusant de rétablir la page Facebook de celle-ci. Il faut en déduire qu’un utilisateur français du réseau Facebook qui entend contester en justice la suppression d’une page Facebook créé par ses soins, ou tout autre problème de gestion de son compte Facebook, doit s’adresser pour ce faire à la société avec laquelle il a contracté pour l’ouverture et la gestion dudit compte, c’est-à-dire la société Facebook Ireland Limited et non pas la SARL Facebook France.

Par Marine Crubilé et Pierre Cabrol

[1] Elle déposa l’année suivante, soit en 2010, la marque Plus belle la vie.

65 millions de dollars pour « Le printemps » d’Edouard Manet !

13/01/2015

Par Marine Crubilé et Pierre Cabrol

Le printemps 1

Edouard Manet, « Le printemps », 1881, photographie Christie’s.

Il fut un temps, pas si lointain que cela, ou les peintures à avoir dépassé les dix millions de dollars lors d’une vente aux enchères publiques pouvaient se compter sur les doigts de la main. Ce temps est révolu. Au cours de ses ventes de prestige d’automne 2014 à New York, la société Sotheby’s a, à elle seule, vendu au-dessus de ce seuil pas moins de deux tableaux de Claude Monet[1] et un de Vincent van Gogh[2], sans compter une sculpture de Modigliani[3] et une de Giacometti[4]. En une seule soirée, elle a totalisé un montant total d’adjudications dépassant 422 millions de dollars[5].

Sans atteindre un tel volume d’adjudication, la maison rivale, Christie’s, a obtenu dans le même temps une enchère remarquable sur un tableau d’Edouard Manet de 1881, « Le printemps », soit 65,1 millions de dollars. Estimé entre 25 et 30 millions de dollars, le tableau a été adjugé plus de deux fois son estimation haute et plus de 2,5 fois son estimation basse. Poussé par pas moins de six enchérisseurs différents, ce qui est considérable à de tels niveaux de prix, la toile est finalement revenue au marchand new-yorkais Otto Naumann, qui l’a acquis pour le compte du musée Jean-Paul Getty de Los Angeles.

Comment expliquer un tel succès ? Par le fait que cette vente a bénéficié de la conjonction d’un nombre élevé de facteurs susceptibles de tirer son prix vers le haut : une qualité aujourd’hui rare pour une œuvre encore en mains privées et un contexte favorable ; un modèle identifié ayant eu une certaine célébrité et un « sujet aimable » ; une place marquée dans la carrière de l’artiste et une notoriété acquise dès l’origine et qui ne s’est jamais démentie ; un pédigrée flatteur et une « fraicheur » rarissime sur le marché.

Peinte deux années seulement avant la mort d’Edouard Manet, « Le printemps », œuvre de la maturité de l’artiste, témoigne de la maîtrise de son art à laquelle celui-ci était parvenu. L’œuvre est de celles ordinairement qualifiées de « qualité musée », expression que les professionnels du marché de l’art emploient pour désigner les pièces d’exception dignes de figurer parmi les collections des plus grands musées. Les musées remettant rarement en vente les pièces qu’ils achètent, de telles œuvres ne passent que très rarement en ventes aux enchères publiques. Parmi les plus de quatre cent œuvres laissées par l’artiste à sa mort, « Le printemps » est, de surcroît, l’un des plus beaux portraits, tout en étant plus que cela puisqu’il symbolise également la saison correspondante. Ses dimensions sont conséquentes pour un portrait[6], ce qui constituait un atout indéniable pour la vente, portée par un contexte d’euphorie dû au succès sans précédent obtenu quelque jours plus tôt par la maison rivale, Sotheby’s lors de ses ventes d’automne.

Loin d’être une simple cliente ou une professionnelle stipendiée, le modèle est une amie proche de l’artiste, dont l’identité est connue, ce qui confère à la toile un lien avec la vie de l’artiste susceptible de lui apporter une plus-value. Jeanne de Marsy, puisqu’il s’agit d’elle, avait acquis en son temps, de par son métier d’actrice, une notoriété certaine. La toile peut être vue comme un hommage d’un artiste à une autre et, de surcroît, à la beauté[7]. Le sujet, soit une jeune élégante déambulant dans un écrin de rhododendrons, tout à la fois présence proche par le cadrage serré et distance par le regard plein d’assurance[8], est un « sujet aimable », c’est-à-dire un sujet susceptible de plaire au plus grand nombre.

« Le printemps » occupe par ailleurs une place de choix dans l’œuvre d’Edouard Manet. Il s’inscrit dans un projet inachevé[9] de représentation des quatre saisons de l’année[10], thématique que lui avait proposée son ami Antonin Proust. Il constitue, par ailleurs, une parfaite illustration du ralliement de l’artiste à l’impressionnisme. Après la guerre de 1870, sous l’influence progressive de ses jeunes amis impressionnistes et notamment de Claude Monet, Edouard Manet passa progressivement de la peinture d’atelier à la peinture de plein-air, tout en éclaircissant sa palette. Comme « Un bar aux Folies Bergère » de 1881-1882, « Le printemps » compte parmi les expressions ultimes de cette évolution. L’exposition des deux tableaux au Salon de 1882 valut d’ailleurs un triomphe à l’artiste[11].

« Le printemps » avait également pour lui le fait d’avoir appartenu au célèbre marchand de tableaux Paul Durand-Ruel, puis d’avoir fait partie de la collection Payne, tout autant renommée. Il appartenait depuis plus de cent ans à une même famille américaine, ce qui explique que les commentateurs aient pu vanter sa « fraicheur », c’est-à-dire le fait qu’il ne soit pas passé sur le marché depuis fort longtemps. Enfin, cerise sur le gâteau, il avait été prêté au cours des vingt-cinq dernières années à la National Gallery de Washington, ce qui avait accru de façon conséquente sa notoriété !

[1] « Alice Hoschedé au jardin », 33,77 millions de dollars ; « Sous les peupliers », 20,3 millions de dollars.

[2] « Vase avec marguerites et coquelicots », 1890, 61,77 millions de dollars.

[3] « Tête », 70,7 millions de dollars.

[4] « Chariot », 1950, 100,97 millions de dollars.

[5] Le précédent record, atteint en mai 2012 dans une vente ou figurait l’une des versions peintes de l’œuvre célèbre d’Edward Munch, « Le cri », était de 320 millions de dollars, dont 120 millions de dollars pour la seule œuvre du peintre norvégien.

[6] 73 x 51 cm.

[7] La jeune femme est peinte au printemps de son existence dans une tenue (robe légère et ombrelle) qui met sa féminité en valeur.

[8] Tension qui lui confère une indéniable modernité.

[9] Interrompu par la mort de l’artiste.

[10] Deux des quatre toiles prévues ont été exécutées : « Le printemps » et « L’automne » aujourd’hui conservée dans les collections du musée des Beaux-Arts de Nancy.

[11] Un critique d’art allant jusqu’à écrire, dans Le gaulois, que « Le printemps » était l’un des tableaux « les plus originaux et les plus harmonieux que Manet ait jamais produit ».

08/01/2015

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Vente Delon : 19 000 euros sans les frais pour la Winchester à canon scié utilisé par Steve McQueen dans la série « Au nom de la loi »

23/12/2014

Par Marine Crubilé et Pierre Cabrol

 carabine Steve McQueen

L’acteur Steve McQuenn dans la série Au nom de la loi

La conquête de l’Ouest américain a inspirée diverses séries télévisées qui ont très largement contribué à la célébrité de grands acteurs américains. Rawhide, ou la vie riche en rebondissements d’une équipe de conducteurs de troupeaux de bovins, a mis le pied à l’étrier de Clint Eatswood. Au nom de la loi[1] a fait de Steve McQuenn, alias Joss Randall, chasseur de primes au grand cœur, un héros populaire, reconnaissable à son arme personnalisée, une carabine winchester à levier modèle 1892 de calibre 44/40, dont la crosse et le canon avaient été sciés pour permettre à son propriétaire de la porter à la ceinture comme un révolver.

Cette arme symbole de la série avait été offerte par l’acteur à un autre « grand » du cinéma : Alain Delon. Elle figurait dans la vente aux enchères publiques organisée par l’acteur français de sa collection d’armes en l’étude parisienne de maître Cornette de Saint-Cyr, au début du mois de décembre 2014, vente qui a rapporté 210 000 euros frais compris. Prudemment estimée entre 2000 et 3000 euros, la Winchester de Steve McQuenn a atteint, parmi les 76 lots de cette vente, qui a été un franc succès, l’enchère très élevée de 19 000 euros sans les frais, soit 24 472 euros frais compris. Elle a ainsi obtenu plus de douze fois la fourchette basse de l’estimation et plus de six fois sa fourchette haute !

A le supposer fan de Steve McQuenn, l’acheteur français, qui a désiré garder l’anonymat, aurait pu acquérir en août dernier, en Californie, une Ferrari 275 GTB/4 ayant également appartenu à l’acteur, mais aussi à Guy Williams, devenu célèbre pour son interprétation du personnage de Zorro dans la série télévisée du même nom[2]. Il lui aurait toutefois fallu débourser pour cela pas moins de 7,6 millions d’euros, soit 400 fois plus que pour la carabine, mais « seulement » 3 fois environ l’estimation dudit véhicule et non pas 6 à 12 fois celle-ci. Que retenir de cela ? Il est aisé de concevoir qu’une provenance prestigieuse peut conférer une plus-value substantielle à un bien culturel quel qu’il soit. Il est intéressant de relever que cette plus-value peut être proportionnellement nettement plus importante pour les biens financièrement les plus accessibles à la base.

Pourquoi ? L’acheteur de la Ferrari de Steve McQuenn appartient au club très fermé des amateurs capables de dépenser plus de sept millions d’euros pour acheter un bien culturel. Le nombre des amateurs capables de dépenser 25 000 euros pour un tel achat ne représente qu’une très faible partie de la population mondiale, mais il se mesure en milliers, voire en dizaines de milliers d’individus, et non pas en dizaines, voire en centaines d’individus. La concurrence entre amateurs est naturellement plus vive dans le groupe le plus important. Mais cette concurrence accrue n’est pas la seule explication qui peut être avancée pour justifier que la plus-value puisse proportionnellement être nettement plus importante pour les biens valant quelques milliers ou quelques dizaines de milliers d’euros que pour les biens se vendant plusieurs centaines de milliers d’euros ou plusieurs millions d’euros.

Si l’acheteur de la Ferrari de Steve McQuenn a très vraisemblablement – le prix atteint le prouve – été sensible au fait que celle-ci ait appartenu à ce grand acteur, fin connaisseur de voitures de sports, il a aussi acquis une voiture de prestige de grande marque possédant par elle-même une forte valeur marchande. L’acquéreur de la Winchester de Steve McQuenn a, pour sa part, acquis une arme, certes de bonne qualité et ancienne[3], mais non exceptionnelle en soit. Qui plus est, nombre d’amateurs d’armes pourraient s’offusquer de la transformation apportée à celle-ci, bien peu rationnelle du point de vue de la performance[4]. Son nouveau propriétaire n’a, en fait, acquis que du rêve. Et le rêve, en la matière, peut n’avoir d’autres limites que les capacités financières de son auteur.

S’est-il montré déraisonnable ? Ceux qui savent qu’au moins trois armes distinctes ont en réalité utilisées pour le tournage de la série pourraient le penser. En 1964, le magazine Télé 7 jours avait décerné à Steve McQuenn le trophée du meilleur héros de feuilleton télévisé. Venu en France pour y recevoir son prix, l’acteur avait offert l’une de ces armes, qu’il avait fait dorer, pour que celle-ci soit vendue aux enchères publiques au profit d’une association d’aide aux enfants en difficulté, le mouvement pour les villages d’enfants. C’est le chanteur Gilbert Bécaud qui l’avait acheté, pour la somme de 15 000 francs. Est-il déraisonnable d’avoir payé dix fois plus cher, 50 ans plus tard, une autre de ces armes, en meilleur état et ayant de surcroît appartenu à un acteur aussi célèbre qu’Alain Delon ? Rien n’est moins sûr !

au nom de la loi

 

[1] Initialement nommée Wanted : dead or alive, la série comporte 94 épisodes de 26 minutes chacun. Diffusée aux USA entre 1958 et 1961, elle est arrivée sur les écrans français en 1963.

[2] Crubilé M. et Cabrol P., Une Ferrari 275 GTB/4 ayant appartenu à l’acteur Steve McQuenn vendue pour 7,6 millions d’euros, CERAC 33, 25 septembre 2014.

[3] Mais pas rare en soit compte tenu du fait qu’elle a été produite à plus d’un million d’exemplaires.

[4] Si l’on obtient ainsi une arme de ceinture à la puissance supérieure à celle des révolvers de l’époque, la transformation fait perdre à la carabine une part non négligeable de sa précision. De surcroît, la série est censée se dérouler une vingtaine d’années avant la date à laquelle a, en réalité, commencé la production de l’arme.

La pyramide de Khéops vandalisée par deux étudiants allemands !

21/10/2014

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Par Marine Crubilé et Pierre Cabrol

La crise politique, religieuse et économique de longue durée qui affecte l’Egypte a-t-elle des conséquences dommageables pour la protection du patrimoine, au-delà de la mise en difficulté des égyptiens vivant, à des degrés divers, du tourisme ? La réponse est, malheureusement, oui, tant en ce qui concerne les musées que les monuments.

En janvier 2012, plus d’une cinquantaine de pièces de grande valeur ont été dérobées au musée d’Egyptologie du Caire, sans préjudice d’actes de vandalisme affectant plus de 70 autres pièces . Un an et demi plus tard, en août 2013, c’est le musée de Mallawi, en Haute-Egypte, qui a été saccagé par une bande armée se réclamant des Frères musulmans, les objets non dérobés ayant été détruits par les émeutiers .

En mars 2013, un adolescent chinois de 14 ans a vandalisé un bas-relief du temps d’Amenhotep III à Louxor, représentant le dieu Amon, en y gravant son nom et une courte formule d’accompagnement « en visite ici ». S’en apercevant, des membres de son groupe ont tenté de dissimuler les faits en frottant l’inscription avec du papier avant de prendre la fuite, prenant ainsi le risque inconsidéré d’ajouter de nouveaux dommages à ceux existants et commettant du même coup un nouvel acte de vandalisme.

Des internautes et des journalistes, y compris chinois, se sont rapidement répandus en invectives publiques contre le jeune homme et plus largement les touristes chinois. Le parti communiste chinois a réagi en appelant les natifs du pays à respecter les monuments des pays visités. Le gouvernement chinois a qualifié pour sa part les agissements incriminés de comportements « non civilisés » nuisant à l’image du pays .

La commission de tels faits s’explique de différentes façons : rémunération insuffisante du personnel de la conservation des monuments pour le musée du Caire, des agents de celle-ci figurant probablement parmi les voleurs ou vandales ; émeutes religieuses pour le musée de Mallawi ; désir d’affirmation et inculture pour le temple d’Amenhotep III à Louxor, etc. Les motivations des vandales sont multiples, mais la répétition d’actes de vandalisme à intervalles de temps rapprochés et en grande quantité, ceux repérés par la presse n’étant que la partie émergée de l’iceberg, ne peut signifier qu’une seule chose : la sécurité des musées et sites archéologiques égyptiens n’est aujourd’hui plus correctement assurée.

Un autre acte de vandalisme en témoigne. En 2013, deux étudiants allemands en archéologie ont profité du fait qu’ils se trouvaient seuls dans la chambre mortuaire du pharaon Khéops, au sein de la grande pyramide de Gizeh, pour gratter un cartouche de couleur rouge afin d’obtenir un échantillon du pigment utilisé. Leur forfait perpétré, ils sont rentrés, ni vu ni connu dans leur pays d’origine, avant d’affirmer quelque temps plus tard qu’une analyse du fruit de leur larcin démontrait que la pyramide n’aurait pas été construite sous le règne du pharaon Khéops, soit il y a 4500 environ, mais 15500 plus tôt .

L’absurdité d’une telle affirmation et l’absence totale de caractère scientifique de la démarche pourraient prêter à sourire si un monument faisant partie du patrimoine commun de l’humanité n’avait pas été irrémédiablement altéré par ces agissements irresponsables, l’ambassade d’Allemagne s’étant immédiatement désolidarisée de leur action et le ministère des antiquités égyptiennes ayant déclaré avoir pris des mesures pour les appréhender s’ils tentaient de remettre les pieds sur le sol égyptien.

Une question se pose toutefois : comment est-il possible que ces deux vandales aient pu demeurer seuls suffisamment longtemps dans la chambre mortuaire de la pyramide de Khéops pour pouvoir y perpétrer leur forfait ? Le 19 août 2013, par voie de communiqué, la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a proposé aux autorités égyptiennes une aide technique pour « assurer la protection et l’intégrité des musées, des sites et monuments historiques, notamment religieux ». Il serait peut-être temps de mettre cette proposition en œuvre !

Une Ferrari 275 GTB/4 ayant appartenu à l’acteur Steve McQueen vendue pour 7,6 millions d’euros

25/09/2014

ferrari steve mac queenFerrari 275 GTB/4 ayant appartenu à l’acteur Steve mac Queen ©Photo Courtesy of RM Auctions

Par Marine Crubilé et Pierre Cabrol

La société de ventes aux enchères publiques RM Auctions organise chaque année au mois d’août, à Pebble Beach en Californie, une vente de véhicules de collection de haut de gamme qui attire des collectionneurs et amateurs fortunés du monde entier. L’édition 2014 de cette vente de prestige aura été un succès avec 21 véhicules vendus pour plus d’un million de dollars pièce. Parmi ceux-ci, une Ferrari 275 GTB/4 ayant appartenu à l’acteur Steve McQuenn a atteint l’enchère de 7,6 millions d’euros (10,175 millions de dollars), soit environ trois fois le montant de son estimation.

Cette très belle enchère ne fait pas de cette voiture le record de la vente. Celui-ci est revenu à une Ferrari GTB/C spéciale de 1964, qui s’est vendue pour plus de 19,7 millions d’euros (26,4 millions de dollars). La différence s’explique par le fait que ce modèle particulier n’a été fabriqué qu’à trois exemplaires, ce qui n’est pas le cas des Ferrari 275 GTB/4. Construites à partir de 1966, ces voitures ont séduit de nombreux artistes de renom. Parmi les artistes français, Yves Montand, par exemple, en a possédé une. Quant à celle ayant appartenu à Steve McQueen, elle avait notamment été revendue à Guy Williams, devenu célèbre pour son interprétation du personnage de Zorro, dans la série télévisée du même nom.

Comment expliquer que ce véhicule ait pulvérisé son estimation ? Par le fait qu’il ait appartenu à Steve McQueen, c’est-à-dire non pas simplement à un acteur célèbre, mais à un acteur qui était également un amateur passionné de véhicules rapides et un collectionneur de belles voitures, qu’il conduisait sportivement. La même société avait d’ailleurs déjà vendu, en 2011, une Porsche 911[1] lui ayant appartenu, là encore pour un prix très élevé eu égard au type de véhicule, soit plus d’un million d’euros (1,375 millions de dollars). Il faut ajouter que le véhicule était en parfait état, puisqu’il avait été restauré en 2012 dans les ateliers de la marque au cheval cabré !


 

 

[1] Ayant participé au tournage du film Le Mans, en 1971.

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